La souffrance et son évaluation en milieu hospitalier

souffrance, médicaments, dépression

Il y a quelques mois maintenant, lorsque mon père m’a contactée pour me demander de réaliser un article sur « La souffrance et son évaluation en milieu hospitalier » afin qu’il soit publié sur son blog, j’ai été à la fois touchée par sa demande mais également déstabilisée.

On a tous déjà répondu à une demande de ce type « Oui oui je verrai ça, j’y penserai », ce que j’ai évidemment fait. Et puis il y a quelques jours, lorsque je l’ai eu au téléphone, il m’a comme qui dirait « mis un coup de pied aux fesses » sachant très bien que j’étais intéressée mais que mon excuse de « ne pas avoir le temps de » était en réalité un « je ne prends pas le temps de ».

Aujourd’hui, je me décide enfin !

Mais quelle tâche difficile que de devoir écrire à ce sujet ! Évidemment je pourrais faire un copier/coller de la partie concernant la douleur que j’ai écrit dans mon mémoire mais aucun intérêt puisque ce sont des choses que n’importe qui peut trouver sur internet.

Alors que vous raconter ?

Tout d’abord que je suis infirmière depuis un peu plus de deux ans maintenant, ce qui explique le sujet choisi… Et si la souffrance physique est présente dans presque tous les services, y compris le mien, je côtoie également la souffrance psychique au quotidien du fait de mon exercice en milieu psychiatrique.

Mais quelle différence entre douleur et souffrance (physique ou psychique) ?

La douleur est « une expérience sensorielle et émotionnelle désagréable, associée à une lésion tissulaire réelle ou potentielle, ou décrite dans ces termes » selon l’Association Internationale pour l’Etude de la Douleur (IASP).

La souffrance est un « état prolongé de douleur physique et/ou morale » selon le Larousse.

Cependant, je pense que la souffrance physique et morale (ou psychique) vont souvent de paire. En effet, la souffrance physique peut directement provoquer une souffrance psychique tout comme la souffrance psychique peut entraîner une souffrance physique (ce qu’on appelle couramment le « psychosomatique »). C’est d’ailleurs pour cela qu’est précisé dans la définition de la douleur que la lésion peut être potentielle.

Qui est touché par cette souffrance ?

Le patient, en premier lieu, parce que c’est pour lui que nous faisons ce métier, mais parfois aussi les soignants du fait des conditions de travail difficiles, de la pression, mais aussi parce que ce qu’on entend au quotidien concernant les patients est parfois difficile à entendre.

Selon Jean Decety « la personne doit être capable d’effectuer une distinction entre soi et autrui et de réguler ses propres réponses émotionnelles » pour faire preuve d’empathie. On nous répète sans cesse de « mettre nos affaires au placard » en arrivant au travail mais nous ne sommes pas moins des humains que n’importe qui et il est parfois difficile de mettre ses émotions de côté, de se « blinder ». En effet, les histoires de vie de nos patients peuvent nous toucher du fait de notre histoire personnelle, d’un événement survenu dans les jours précédents qui fait que nous sommes plus « fragiles » à ce moment ou pour d’autres raisons d’ailleurs. On s’efforce donc de faire du mieux que nous pouvons pour prendre en charge les patients de la meilleure manière que nous pouvons, quitte à passer le relais à nos collègues si nécessaire et surtout si cela est possible.

Comment apaiser cette souffrance ?

médicamentsJe pourrais, de nouveau, vous faire un copier/coller de mon mémoire pour expliquer cette partie mais je n’en vois pas l’intérêt. D’ordre général, je dirais que la prise en charge de la souffrance passe par plusieurs niveaux.

Tout d’abord la prise en charge médicamenteuse, qui est tout simplement associée à tous les traitements que nous sommes amenés à donner aux patients pour apaiser directement leur souffrance physique (les antalgiques, les anti-inflammatoires…) mais également, et notamment en psychiatrie, les traitements qui visent à apaiser la souffrance psychique mais qui vont également parfois agir sur la souffrance physique lorsque celles-ci sont liées (Dites-moi si je vous ai perdus!!).

Vous allez me dire, donner un simple traitement, c’est facile à faire. Mais notre rôle ne s’arrête pas là.

La souffrance s’apaise aussi grâce à ce qu’on appelle « le soin relationnel », ou plus simplement la communication.

On passe notre temps à dire que, dans toutes les situations de la vie, la communication est très importante. C’est d’autant plus vrai dans notre métier.

La présence physique, l’écoute, l’évaluation régulière de la douleur, l’attention portée au patient, la reformulation de ce qu’il nous dit, tout cela contribue à apaiser en partie sa souffrance.

On a souvent tendance à croire, à tord, que nous sommes là pour apporter des réponses, trouver des solutions, « guérir ».

Les personnes qui, parmi les lecteurs, ont déjà été hospitalisées et ont souffert, que ce soit de manière physique et/ou psychique, pourront, je pense, attester que chacun a ses solutions et que le soignant apporte plus d’aide en écoutant, en donnant des conseils, qu’en apportant des solutions « miracles » qui ne correspondent pas à tous.

On aime à répéter que notre rôle est de « guérir parfois, soulager souvent, écouter toujours », c’est le message que j’aimerais faire passer par le biais de cet article.

Sachez que nous ne sommes pas des supers héros, des « machines de guerre », des surhumains ! Nous sommes comme vous tous, des humains, nous nous efforçons simplement de vous écouter au quotidien, de vous soulager lorsque cela est possible (nous n’avons pas de baguette magique, parfois il nous est impossible de soulager vos douleurs parce que chacun est différent et que nous ne savons pas toujours d’où cela vient, mais que nous faisons tout pour le découvrir bien sûr !).

Enfin, nous vous guérissons parfois, lorsque cela nous est possible, et toujours en collaboration avec les médecins qui tentent, eux aussi, de faire tout ce qui est en leur pouvoir pour prendre soin de vous.

J’ai volontairement évité de développer chaque partie de manière excessive pour que cet article ne ressemble pas à quelque chose de trop « lourd » et difficile à lire mais je serais ravie de développer un peu plus si cela en intéresse certains.

Merci !!

Morgane RIO, novembre 2016

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *